La Journée de la Terre, le 22 avril, nous rappelle que de nombreux pays ont déjà épuisé leur quota annuel de ressources dès le mois d’avril ou de mai et vivent au-dessus de leurs moyens, au détriment des autres. La devise de cette année, « Notre pouvoir, notre planète », met en avant le pouvoir d’action dont disposent tous les citoyens pour changer les choses ensemble, pour le plus grand bien de tous.

Mundus maris a donc organisé le 12 mai un webinaire qui a mis l’accent sur les avancées observées sur le terrain et sur la manière dont celles-ci peuvent inciter d’autres acteurs à contribuer à développer ces opportunités, en les adaptant à leur propre contexte. La professeure Stella Williams, de Mundus maris, en a assuré la modération.

Le premier orateur fut le professeur Wolfgang Schade, de l’Institut Fraunhofer HHI et de VoltaviewAfrica. Il s’est attaché à présenter des solutions de mini-réseaux solaires permettant d’assurer un approvisionnement en électricité sous contrôle local pour toute une série d’applications pratiques : prolonger les heures d’étude en soirée, alléger le travail manuel éreintant des femmes dans une blanchisserie électrique génératrice de revenus, et favoriser la mobilité électrique sur les eaux intérieures pour la pêche et le transport.

Il a ensuite décrit les avantages des nouvelles batteries à ion-sodium pour stocker l’énergie solaire afin de pallier aux périodes où le soleil est absent. Contrairement aux batteries classiques, celles-ci ne reposent pas sur le lithium, un matériau coûteux, mais utilisent du sodium, une ressource facilement accessible. Les cellules sont importées de Chine et assemblées en Tanzanie pour former des batteries complètes, protégées par des boîtiers spécialement conçus qui permettent de les utiliser sur l’eau ou ailleurs.

VoltaviewAfrica s’est associé à une entreprise locale pour développer et mettre en place la première chaîne de montage de batteries au sodium en Afrique. La collaboration inclut des formations et diverses mesures de renforcement des capacités visant à garantir, à court et moyen terme, l’autonomie en matière de maintenance, de réparation et d’élargissement des applications. Les dias sont disponibles ici.

Tous furent ensuite impatients d’en savoir plus de la bouche de Kazeem Olayinka, du groupe Mundus maris au Nigeria, à propos des progrès réalisés dans la formation des villageois des environs de Lagos désireux d’apprendre à transformer eux-mêmes en produits utiles, la jacinthe d’eau, dont la prolifération est excessive, ainsi que d’autres plantes envahissantes. Malheureusement, le réseau ne lui a pas permis de se connecter. Découvrez les perspectives prometteuses qui suscitent tant d’enthousiasme dans ce bref compte rendu consacré à un premier atelier de démonstration.

Le modérateur a ensuite invité Cornelia E. Nauen à présenter le travail de l’Académie de la pêche artisanale (SSF) dans le renforcement des capacités des hommes et des femmes du secteur de la pêche artisanale à participer à la gouvernance des océans, en mettant l’accent sur l’Afrique de l’Ouest. Cette initiative a été lancée pour soutenir la mise en œuvre des Directives volontaires visant à garantir une pêche artisanale durable dans le contexte de la sécurité alimentaire et de l’éradication de la pauvreté. Elle s’imposait de toute urgence, compte tenu de la concurrence déloyale entre la pêche industrielle orientée vers l’exportation et la pêche artisanale. Des centaines de milliers de personnes en dépendent pour leur subsistance, pour le développement d’une économie locale et régionale solide, ainsi que pour la sécurité alimentaire, en particulier celle des personnes aux faibles revenus. Les systèmes de gestion centralisés, qui n’offrent généralement pas de possibilités de participation active aux pêcheurs artisanaux, hommes et femmes, conduisent souvent à des échecs de gestion, car ils détectent tardivement les signes de surpêche et ont tendance à privilégier les activités industrielles au détriment des activités artisanales, moins structurées et plus dispersées. Cela revient à dire que les connaissances écologiques des pêcheurs, qui présentent une résolution spatiale et temporelle plus fine que celle que peuvent offrir les enquêtes scientifiques ponctuelles, n’ont pas leur place dans le processus décisionnel.

Étant largement exclus, les pêcheurs artisanaux et les femmes chargées de la manutention et de la commercialisation des prises ne se sentent pas concernés par les décisions de gestion, car ils évoluent généralement dans l’économie informelle, sans reconnaissance officielle ni accès à la plupart des services d’aide sociale.

Afin d’améliorer cette situation dans l’esprit des Lignes directrices sur la pêche artisanale adoptées par le Comité des pêches de la FAO en 2014, Mundus maris a lancé en 2018 l’Académie de la pêche artisanale, qui rassemble des hommes et des femmes de tous âges, de toutes professions et de toutes régions du Sénégal. Dans le cadre d’une série d’activités pilotes, des méthodes participatives inclusives ont été adaptées et testées avec succès dans deux villages de pêcheurs. Si la pandémie qui a débuté début 2020 a mis fin à une partie du soutien destiné à renforcer les capacités des groupes en matière d’action collective et de sensibilisation d’autres groupes, comme prévu initialement, elles ont néanmoins permis de développer une grande confiance en soi et des capacités organisationnelles qui se manifestent encore aujourd’hui. Le principe fondamental est d’offrir un espace sûr propice à un dialogue respectueux, où chacun est le bienvenu et où personne n’est jugé. Les participants à l’Académie, invités à apprendre et à innover ensemble, ont ainsi pu retrouver la confiance et la capacité d’agir nécessaires pour faire progresser les revendications légitimes de leurs groupes.

Cette vidéo présente un des premiers cas concrets, avec des images fournies par Nabia Ngom, l’une des participantes initiales qui a su mettre à profit ce qu’elle a appris à l’Académie.

Mundus maris est disposé à aider des groupes d’autres régions en leur proposant la méthodologie de l’Académie, adaptée à leur contexte local et axée sur le renforcement des capacités locales nécessaires pour partager et diffuser leurs expériences auprès d’autres acteurs, afin de favoriser une action locale plus large en faveur de la co-gouvernance et d’obtenir de meilleurs résultats pour les populations et la planète. Les dias sont disponibles ici.

La séance de questions-réponses animée qui a suivi le webinaire a permis de constater l’intérêt suscité par ces initiatives sur le terrain. Elles ouvrent la voie à des solutions plus abordables et plus efficaces pour résoudre des problèmes largement répandus en Afrique, qui continuent de freiner le développement des populations. Les opportunités ne manquent pas ; il est temps d’en tirer pleinement parti grâce à la coopération locale et internationale.

Académie de la pêche artisanale