Invitée par le Centre d’études politiques pour le Nouveau Sud, situé à Rabat, au Maroc, Stella Williams, vice-présidente de Mundus maris et originaire du Nigeria, est intervenue lors de la dernière des quatre tables rondes organisées. Cet événement d’une journée s’est tenu le 13 mai 2026 dans la capitale marocaine sous le thème « Les mers africaines : défis stratégiques dans un monde hyperconnecté et hyperconflictuel ». Les titres des quatre tables rondes étaient respectivement:

  • Espaces maritimes africains : évaluation stratégique des atouts et des limites
  • L’économie bleue en Afrique : promesses et réalités d’un nouveau domaine d’action pour le développement
  • La gouvernance maritime en Afrique : entre cadres régionaux et continentaux – L’impératif de consolidation
  • L’Afrique dans l’océan mondial ? Positionnement stratégique et perspectives

Panel 4, de gauche à droite: Prof. Stella Williams, Vice-Présidente de Mundus maris; Taoufik El Ktiri, Secrétaire Général de COMHAFAT au Maroc; Rim Berahab, économiste senior au Centre d’études politiques pour le Nouveau Sud, modératrice ; Nuno de Noronha Bragança, contre-amiral, coordinateur, Atlantic Centre, Portugal

La présence de personnalités de haut niveau a donné lieu à des exposés et des réflexions éclairants sur la manière dont le continent africain, bientôt le plus peuplé de la planète avec une population majoritairement jeune, souhaite se positionner dans le contexte mondial multipolaire actuel, marqué par de nombreuses tensions, alors même que, selon les sondages réalisés dans de nombreux pays, la majorité des citoyens aspire à la paix, à la coopération internationale et à l’amélioration des conditions de vie pour tous.

Dans son intervention, Stella a clairement mis l’accent sur la nécessité de trouver un meilleur équilibre entre les approches “Bottom-up” et “Top-down” pour positionner l’Afrique et ses politiques maritimes au coeur même de son discours. Elle avait judicieusement intitulé sa conférence « Des initiatives “Bottom-up” plus solides ouvrent la voie à des solutions mondiales ».

Elle a plaidé en faveur d’une action plus ferme contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), pratiquée principalement par des flottes industrielles étrangères, qui prive les pays africains des centaines de millions de dollars de revenus. Pire encore, cela a largement contribué à la surpêche et a détruit la productivité des écosystèmes côtiers, essentiels à la subsistance et à la sécurité alimentaire de millions de personnes. La mise à jour de la législation nationale et des procédures d’application, ainsi que le renforcement de la coopération entre les organismes publics – des douanes aux autorités portuaires en passant par les garde-côtes et les ministères chargés des différents volets complémentaires des politiques nationales – devaient constituer des priorités.

Elle a ensuite souligné que ces approches devaient être complétées par une prise en compte bien plus importante des atouts et des innovations locales. La mise en œuvre de mesures concrètes en faveur de la cogestion et l’application des Directives volontaires visant à garantir la durabilité de la pêche artisanale allaient renforcer la légitimité et le respect des politiques nationales ainsi que leur mise en œuvre. L’Académie SSF, dont le succès a été validé par Mundus maris dans le cadre des efforts visant à mettre en œuvre les lignes directrices SSF, dispose d’un grand potentiel à cet égard. Le dialogue inclusif et respectueux, mené dans un espace sûr réunissant de nombreux acteurs du secteur, a permis un apprentissage mutuel et la formulation de solutions à des problèmes qui, sans cela, auraient traîné en longueur sans trouver de résolution.

Stella a également plaidé en faveur d’un renforcement des investissements dans l’éducation des jeunes générations, un sujet qui lui tient à cœur depuis le début de sa longue carrière. Elle a présenté un exemple de supports pédagogiques élaborés par Mundus maris en collaboration avec des enseignants du Sénégal et de la Gambie et destinés à familiariser les enfants dès leur plus jeune âge au concept d’approche écosystémique appliquée à la pêche. Les supports élaborés dans le cadre du projet « Fridtjof Nansen » de la FAO ont rencontré un vif succès auprès des enseignants, des élèves et même des pêcheurs artisanaux. Malheureusement, aucun financement n’a été débloqué pour permettre une diffusion plus large, même si tous ces documents peuvent toujours être téléchargés gratuitement sur le site web de Mundus maris.

Elle a conclu en appelant à placer la pêche artisanale au cœur d’une économie bleue durable, à renforcer les capacités organisationnelles et techniques locales, à respecter et à mettre en valeur le patrimoine culturel pour susciter l’adhésion, ainsi qu’à associer les accords internationaux à l’expérience locale afin de renforcer l’autonomie, la confiance et l’équité, notamment dans la lutte contre la pêche INN. Enfin, elle a invité tous les pays africains qui ne l’avaient pas encore fait à ratifier le Traité BBNJ afin de pouvoir prendre part aux décisions lors de la COP1 en janvier 2027 (18 pays sur 56 l’ont ratifié, 36 l’ont signé). Les diapositives peuvent être  déchargées ici.

Photo de famille à l’issue d’une conférence mémorable. Il y a du travail à accomplir, aujourd’hui, demain, sans relâche.

Mundus maris tient à remercier le Centre d’études politiques pour le Nouveau Sud pour son soutien financier destiné à couvrir les frais de déplacement de notre vice-présidente.